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Suzanne, dite Suzy, Bernus, née Vianès (1928-1990), à Valence dans la Drôme, est issue d’une famille de protestants cévenols. Après avoir obtenu son baccalauréat ès Lettres à Paris en 1945, elle obtient des certificats d’études supérieures en ethnologie et histoire des religions (1948), en histoire de la colonisation (1949) et en démographie (1956).
Ethnologue et africaniste, Suzy Bernus a été directeur de recherches au CNRS, membre du laboratoire d’anthropologie sociale du Collège de France et de l’École des hautes études en sciences sociales : « Sa carrière est remarquable par la diversité des terrains auxquels elle a été confrontée et la multiplicité de ses intérêts (…), sans perdre de vue les grands axes de sa recherche : problèmes d’identité ethnique, phénomènes migratoires, histoire du peuplement, organisation sociale, urbanisation et ethnoarchéologie »*1.
Sa carrière débute en Guyane (1950-1955), où elle est ethnologue au service des populations primitives (africaines et indiennes *2) : installation d’écoles pour les enfants indiens et rédactions de manuels scolaires, organisation d’un dispensaire, création d’une coopérative de production et de vente d’objets artisanaux, organisation d’une coopérative de chasse et de pêche, de gestion forestière par les indiens, classement de collection d’objets ethnologiques et archéologiques rapportés au Musée de l’Homme et enregistrements et éditions de disques de musique indienne de Guyane…
Envoyée à Madagascar (1956-1957), pour le compte de l’ORSTOM et sous la direction d’Hubert Deschamps, elle étudie les migrations internes de la grande île et notamment l’impact de ces mouvements de population dans le sud-est : le pays Antesaka.
En 1959, elle rejoint Jean Rouch pour une enquête sur les migrations au Ghana. Puis, en 1960, elle intègre le centre de l’Institut français d’Afrique noire (IFAN) du Niger où ses enquêtes sur la ville de Niamey aboutissent à la rédaction de sa thèse *3. Elle épouse la même année Edmond Bernus et aborde avec lui le monde touareg en réalisant une étude sur la parenté. Elle entreprend l’étude des langues et civilisations résiduelles de l’Aïr-Azawaq (RCP 322) en 1973. Ce programme qui comprend l’étude de sites archéologiques, de salines (Teggida-n-tesemt) et d’une ancienne industrie du cuivre (Azelik), est poursuivi par la mise en place et l’animation du programme archéologique d’urgence en 1976. Elle est en même temps responsable des « Études nigériennes » (à partir de 1960), puis du Journal de la Société des Africanistes ; elle développe et ouvre ces publications, notamment, aux chercheurs africains.
Suzy Bernus meurt brutalement, avec l’une de ses filles, dans un accident de voiture au Mali lors d’une de ses missions en 1990.
L’épouse d’Elamjeli (informateur et traducteur d’Edmond Bernus) et Suzy Bernus en 1962 à In Atès (Niger) – 224 APOM102Edmond Bernus © ANOM
*1 : CALAME-GRIAULE (Geneviève), « Suzanne Bernus (1928-1990) ». L’Homme, 1990, tome 30, n°115, p. 5-6.
*2 : GUYON (Stéphanie), Genèses, « Des « Primitifs » aux « Autochtones » Savoirs ethnologiques et politiques publiques en Guyane de 1946 à nos jours », Genèses, 2013/2 (n°91), p. 49-70.
*3 : BERNUS (Suzanne), Particularismes ethniques en milieu urbain : l’exemple de Niamey, Paris, Institut d’ethnologie, 1966, 262 p.
Edmond Bernus en 1987 (Niger) – 224 APOM125, Suzanne Bernus © ANOM
Edmond Bernus (1929-2004), né à Paris, est issu d’une famille protestante suisse, son père, Pierre Bernus *4 (1881 à Bâle -1951 à Paris), petit-fils du sénateur-pasteur Edmond de Pressensé, est un chartiste qui avait opté pour le journalisme, il est correspondant parisien du Journal de Genève pendant quarante et un ans.
Après des études de géographie, Edmond Bernus débute sa carrière en Guinée, en 1954-1955 : boursier de l’institut des hautes études de Dakar, il participe à la mission démographique (monographie du village malinké de Kobané dans la haute vallée du Niger, cercle de Kouroussa). Il est à Abidjan en 1956, en tant qu’assistant stagiaire de l’IFAN de Côte d’Ivoire, où il est titularisé en 1957. Après un second séjour en Côte d’Ivoire de 1959 à 1961, au cours duquel il intègre l’ORSTOM en tant que chargé de recherches, Edmond Bernus effectue une première mission au Niger en 1962. C’est dans cette région qu’il poursuivra désormais la majeure partie de ses recherches sur les populations nomades, et qu’il commencera à travailler sur sa thèse d’Etat. Géographe expérimenté et méthodique, il fait toute sa carrière à l’Institut de Recherche pour le Développement (IRD ex. ORSTOM) et réalise de nombreuses tournées et missions dans le Sahel nigérien pour comprendre notamment, la vie pastorale sous toutes ses formes et celle des Touaregs en particulier. Il est alors l’un des meilleurs spécialistes non seulement des Touaregs nigériens mais aussi des problèmes de l’élevage en Afrique sahélienne. Les publications d’Edmond Bernus sont nombreuses et signent une géographie originale et résolument humaine. Parmi ses travaux scientifiques marquants, sa thèse *5, « mais l’originalité de son approche ressort surtout de multiples articles où il traite, en toute liberté, d’une série de facettes de la culture touarègue : la littérature orale, l’alimentation, les maladies, les façons de parler, les jeux, l’astronomie, sans parler de thèmes plus classiques de la vie pastorale comme les bergers, les animaux domestiques, les divers laits. »*6
*4 : CORDEY (Jean), Bibliothèque de l’école des chartes. 1952, tome 110, p. 317-318. Sa bibliographie se trouve dans les Annales de Bretagne, t. LIX (1952), fasc. 1.
*5 : BERNUS (Edmond), Touaregs nigériens, unité culturelle et diversité régionale d’un peuple pasteur, ORSTOM, Paris, 1981, 507 p.
*6 : BOUTRAIS (Jean), Le Monde, 25 juillet 2004.